Luc Long « Le Rhône est une autre planète archéologique »

Dans le numéro 6625 de Pèlerin, en kiosque jeudi 19 novembre, vous pouvez admirer les photos de l’exposition du musée départemental Arles Antique. Vous pouvez lire ci-dessous l’intégralité de l’interview que m’a accordée Luc Long, directeur des fouilles menées par le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm)

-Pourquoi avez-vous commencé à fouiller dans le Rhône ?-Au départ, nous les archéologues sous-marins voulions fouiller les épaves et leurs cargaisons pour mieux comprendre la logique économique de ces villes fluviales comme Arles, qui ont tellement utilisé le fleuve pour leurs relations commerciales. Le trafic de bateaux devait y être très important dans l’Antiquité.

-Mais vous avez trouvé tout autre chose…
-En réalité, dès les premières plongées, nous nous sommes vite aperçus que le Rhône n’était pas seulement un dépotoir fluvial mais également un dépotoir urbain où gisaient des éléments de l’architecture monumentale de la ville, à l’époque de l’empire romain. Le fameux portrait de César que nous avons remonté est l’élément le plus émouvant et le plus inattendu de cet ensemble.

-Quel effet cela fait de se trouver nez à nez avec César ?
-Je n’imaginais pas un tel retentissement dans la presse du monde entier ! César est vraiment très connu ! J’ai encore du mal à prendre du recul par rapport à cette découverte.

-Il y a un début de polémique sur l’identité de ce buste…
-Nous n’avons pas son nom écrit dessus. Mais toutes les données « collent » : son profil est le même que sur les monnaies et sur le buste dit de Tusculum, conservé au musée archéologique de Turin en Italie et qui est considéré comme le seul exécuté du vivant de César.

Il n’est d’ailleurs pas si surprenant de trouver ici un buste du fondateur de la colonie d’Arles pour les vétérans de l’armée. Il semble que l’œuvre ait été taillée du vivant du dictateur puis retaillée derrière sans doute pour être accrochée à un monument. Mais toutes sortes d’hypothèses sont possibles. De même, comme les autres statues, il a probablement été jeté à l’eau volontairement.

-Pour quelles raisons?
-On l’ignore. Mais toute la rive droite d’Arles a été détruite à la fin du IIIe siècle. Est-ce une volonté iconoclaste qui s’est emparée de la population, pour des raisons qui nous échappent (1)? Ou simplement, s’agissait-il d’un quartier abandonné depuis longtemps?  Les chaufourniers qui transformaient le calcaire des bâtiments en chaux, ne sachant pas quoi faire des statues et autres beaux objets, les lançaient-ils dans le fleuve ? Mystère !

Nous avons aussi observé que les plus gros blocs ont servi à remblayer les berges contre la crue. Bref, c’est une période d’intenses aménagements dont nous ne connaissons pas le but. Il faudrait des fouilles terrestres dans ce quartier, pour comprendre.

-Plonger dans le Rhône est donc une expérience très différente de vos recherches en Méditerranée ?

-C’est une autre planète archéologique ! Le paysage est glauque, lunaire… J’ai eu beaucoup de mal à me décider à plonger dans ces eaux sales, obscures, remuantes, où l’on peut tout à fait manquer un objet important, à vingt centimètres. Les silures nous frôlent, les péniches nous passent au-dessus. Les conditions sont terribles, mais l’importance des découvertes est telle que je pense que ce fleuve va m’occuper tout le reste de ma vie d’archéologue!

 (1) Ces événements ne peuvent pas être lié à l’émergence du christianisme, encore balbutiant et qui n’est pas reconnu par les empereurs à cette période (NDLR).

18/11/2009

Une Réponse pour “Luc Long « Le Rhône est une autre planète archéologique »”

  1. Redigé par brigitte lanteigne:

    Jai regardé votre reportage avec émotion, je rêve maintenant daller voir le musée ,félicitation pour votre métier et vos fouilles extraordinaire. En espérant un jour réaliser mon rêve aller voir césar de mes propre yeux. Bravo encore pour votre travail au plasir une admiratrice brigitte de montréal.