Ces monuments qui font craquer les coutures de Paris

En tant que journaliste, je ne crois pas trop au hasard : dans notre métier, les coïncidences s’avèrent souvent révélatrices d’un « air du temps » que justement, nous nous devons de capter. Dernier exemple en date, deux reportages que j’ai effectué vendredi dernier. Le matin, je visitais le chantier de restauration de l’église du Sacré-cœur à Gentilly, au carrefour de l’autoroute du Sud (A6) et du périphérique. L’après-midi, j’arpentais le site des Grands moulins de Pantin, tout justes reconvertis en bureaux, en bordure du canal de l’Ourq, du RER E et… du périphérique !

A priori, cette église construite au début des années 1930 et cette gigantesque minoterie datant de 1923, n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Et pourtant : voici deux « monuments » qui marquent indiscutablement le paysage parisien. Le fier clocher du Sacré-Cœur, orné d’imposants anges de bronze est un « phare » annonçant la proximité de la capitale pour tous ceux qui la rejoignent par le sud. Il intrigue les millions d’automobilistes qui passent et repassent presque au pied de ses marches : la plupart des Franciliens l’ont déjà vue, mais qui y est entré ?

Au Nord, la hauteur silhouette brune de ces moulins aux allures de maisons alsaciennes, leur grande enseigne lisible du périphérique, solitaire en face du Zénith et de la Cité des sciences de La Villette, est également familière. Pourtant, là encore, personne ne visitait cette minoterie hormis les 300 ouvriers et employés qui y ont travaillé jusqu’en 2001.

Tous deux appartiennent à des catégories mal aimées du patrimoine : de style néo-byzantin très tardif (alors que la mode « art-déco » bat son plein !) l’église coupée de la Cité universitaire dont elle faisait partie, a longtemps été considérée comme ringarde et peu élégante. Elle est aujourd’hui la paroisse nationale des Portugais d’Ile-de-France.

Quant aux moulins, leur caractère ostentatoire devait signaler le succès sans culpabilité des grands capitaines d’industrie du XIX e siècle. Ces tours abritaient les meules et stockaient le froment. Elles témoignent d’un passé industriel florissant mais méprisé, toujours méconnu de nos concitoyens. Ceux-ci s’émeuvent davantage de leurs racines rurales et des vieilles fermes qui y sont associées que de la sueur et du bruit des machines des ouvriers qui ont modelé nos villes.

Curieux tout de même : la restauration et la réhabilitation de ces deux sites intervient alors même que le débat sur le « Grand Paris » focalise l’attention. Patricia Tordjman-Planas, maire de Gentilly nous explique que devant l’église, l’autoroute va être couverte et qu’un projet de passerelle-rue, avec des bâtiments, est à l’étude pour « gommer la fracture du périph ». De son côté, Bertrand Kern, maire de Pantin insiste : autour des Grands moulins qui vont désormais accueillir les 3000 employés de la BNP2S, une filiale de BNP-ParisBas, plusieurs événements visent à renouer les liens entre la banlieue et la capitale.
Ainsi, le tramway circulaire autour de Paris, fera un détour par Pantin. Les berges du canal sont en train d’être réhabilitées. Et la mairie espère accueillir, dans d’autres friches industrielles (parfois à caractère patrimonial), des entreprises de service attirées par les bonnes dessertes en transports de cette ville de la « Petite couronne »…

Paris « craque » de partout dans ses coutures trop étroites fossilisées jadis par les « Fortifs’ », aujourd’hui par le « périph’ »… Tous les urbanistes et les décideurs qui travaillent à penser l’avenir de la métropole en sont bien conscients.

Souhaitons, qu’à l’image de ces deux monuments, le patrimoine de la banlieue serve dans ce dossier, de levier, de signal symbolique et de site attractif autour duquel des projets d’avenir peuvent être élaborés.

A Lire : le superbe ouvrage « Les Grands Moulins de Pantin-L’usine et la ville » aux éditions Lieux-Dits, 210p. 35 €.

27/11/2009

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