Prix Patrimoine : des nouvelles de Laon

Christian Marillier, lauréat du prix Patrimoine Pèlerin 2009 pour la restauration d’une peinture murale de l’Annonciation qu’il a découvert et fait restaurer dans sa propre salle à manger, nous a transmis la fiche qu’il remet à chaque visiteur.

Voici le texte concernant la peinture murale nichée dans une ogive de la salle à manger de M. et Mme Marillier à Laon.

 

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Lors d’une interview, que nous avions publié à l’occasion de la remise des prix Pèlerin, en novembre dernier, Christian Marillier était allé plus loin dans les hypothèses concernant l’identité du peintre :

« Tous les matins, quand j’entre dans ma salle à manger, j’ai une grande conversation avec Marie et l’ange Gabriel… » répond avec simplicité Christian Marillier à la question de savoir quel effet cela lui fait de vivre au quotidien avec une peinture sacrée du Xve siècle, classée monument historique.

Lorsqu’il achète cette maison située dans le cœur historique de Laon, en 1981, le nouveau propriétaire n’est « pas du tout conscient qu’il s’agit en réalité du niveau élevé d’une chapelle coupée en deux cinq siècles plus tôt, dans le sens de la hauteur. Les Marillier entreprennent de mettre au jour les structures originelles de la demeure. « Une voûte est alors apparue. Puis une seconde. Dans l’ogive, peinte sur un mur épais d’un mètre cinquante, nous avons découvert cette curieuse peinture de l’Annonciation. »

Curieuse, car les corps sont déformés, allongés, tandis  que les visages sont restés dans les bonnes proportions… « il s’agit, avant l’heure, d’un essai d’anamorphose, cette technique de la Renaissance qui donnait de la perspective, explique Christian Marillier. Le sol était cinq mètres plus bas : il fallait que la scène soit visible en contre-plongée. »

Pris au jeu, les propriétaires ont découvert qu’un peintre de la cour de Charles VI, Colart de Laon, habitait la rue même entre 1420 et 1428. Le seul dessin qu’on a conservé de lui montre une similarité entre les deux œuvres. Mais Christian Marillier penche plutôt pour un essai de la main de son fils, « Colart le voleur » « surnommé ainsi, non pas parce qu’il était un bandit mais parce qu’il expérimentait toutes sortes de machines, surprenant les gens, tel un petit Léonard de Vinci, cinquante ans à l’avance ».

La peinture réalisée sur un support en lait de chaux, est extrêmement friable. Malgré déjà cinq restaurations partielles, il a fallu cette année réunir en urgence les fonds permettant d’injecter de la colle par micro-piqûres, derrière le décor. Le propriétaire avoue son soulagement d’avoir obtenu le prix spécial du Monde de la Bible, dans le cadre du concours Pèlerin, pour pouvoir continuer de faire découvrir aux visiteurs, cette Annonciation unique en son genre.

11/02/2010

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