Il a retrouvé la tombe d’Hérode !

Rencontre informelle avec Ehud Netzer l’archéologue israélien a exhumé la tombe du roi des Juifs sous le règne duquel est né Jésus.

Toute sa carrière d’archéologue, Ehud Netzer a « fréquenté » Hérode le Grand malgré l’exécrable réputation de ce roi de Judée sous le règne duquel est né Jésus. Les Evangiles lui attribuent le massacre des Innocents et les Juifs lui reprochent ses méthodes sanglantes de gouvernement et sa collusion avec le pouvoir impérialiste romain…

Mais « Hérode était un grand bâtisseur ! » s’enthousiasme malgré tout Ehud Netzer qui n’a pas oublié qu’il a lui-même débuté comme architecte… Ce chercheur vient d’exhumer, il y a moins de deux ans, la tombe oubliée du souverain, sur la pente d’un site de Judée  (aujourd’hui en Territoires occupés), qu’il fouille depuis 1972. De passage à Paris pour une conférence scientifique, ce grand monsieur de l’archéologie israélienne accepte de me rencontrer et de me raconter sa découverte qui est tout de même une jolie preuve que, parfois, l’archéologie confirme l’histoire !

« J’ai commencé à m’intéresser à Hérode dans les années 1960. Je me suis mis à étudier l’archéologie sous la houlette de Yitzak Yadin, un des pionniers en la matière. Nous fouillions alors la forteresse de Massada, bien connue parce qu’elle fut l’ultime refuge des Juifs révoltés contre les Romains en 73 après J.-C. » raconte-t-il.

Cette forteresse, comme le temple de Jérusalem, comme la ville portuaire de Césarée maritime et comme bien des palais royaux, fut construite sous l’ordre d’Hérode qui régna sur la Judée de 37 avant J.-C. à … 4 avant J.-C. ( Car il ne faut pas oublier qu’au Moyen Age, une erreur de calcul a fait débuter notre calendrier chrétien probablement 6 ans trop tard !).

D’une voix posée, Ehud Netzer explique qu’il a ensuite travaillé dans les trois palais d’hiver du roi, à Jéricho -où il a aussi découvert la plus ancienne synagogue connue qui date des années 50 avant notre ère ! Enfin, il a repris le chantier d’un palais-forteresse d’Hérode, connu par les textes sous le nom d’ « Hérodion », à une quinzaine de kilomètres de Jérusalem. « J’ai toujours davantage aimé travailler sur les sites que dans les bibliothèques, sourit-il. J’aime sentir la terre… »

Il m’explique patiemment son long travail : son équipe a d’abord dégagé les vestiges d’une sorte de « villégiature de luxe » comprenant des bains, des terrains de sport, des salles d’apparat… « C’était à l’époque, le plus grand palais royal existant dans le monde antique ! »

Puis une longue plate-forme « en forme d’hippodrome, mais plus étroite » est apparue qui, selon lui, a servi pour les funérailles grandioses du souverain. Ces structures construites dans la plaine, sont surmontées d’une sorte de « volcan artificiel », une colline au sommet duquel se trouve la forteresse qui pouvait permettre aux invités de marque du palais de se réfugier. « Hérode avait toujours dit qu’il se ferait enterrer à cet endroit où, en 40 avant J. –C., il avait vaincu ses ennemis, alliés des Parthes… Il voulait que cela se sache de son vivant ! Or la forteresse est bien visible de Jérusalem ».

En 2007, alors que personne ne croit plus à la découverte du tombeau du roi, Ehud Netzer fait réaliser des sondages sur les flans de la colline. Et découvre les vestiges d’un sarcophage et d’un monument typique des sépultures à la mode grecque de l’époque.

A force de côtoyer le souvenir de ce roi, rusé politique mais despote impitoyable, Ehud Netzer se prend à imaginer sa psychologie : « son destin a basculé à cet endroit. S’il avait été vaincu, ç’en était fini de lui ! Il venait de fuir Jérusalem et ses ennemis n’auraient pas fait de quartier… Je comprends son choix. » L’Hérodion se trouvant dans le désert, les bâtisseurs du roi imaginent de construire à son pied cette résidence de luxe où les invités, avant ou après sa mort ainsi que pendant les fastueuses funérailles, pourront séjourner…

Ehud Netzer, qui avoue 75 ans « mais plein de rêves en tête » s’est encore donné une tache : « Découvrir où pouvait être le petit théâtre de 600 places qui a été bâti par Hérode vers 11 avant J.-C., puis qu’il a fait combler peu après, pour aménager sa sépulture ».

Puis il se lève pour profiter de sa dernière journée à Paris. En novembre prochain, il sera en Albanie, pour participer à la fouille d’une très ancienne synagogue. L’archéologie est une passion autant qu’une discipline scientifique.

01/10/2009

6 610 Réponses pour “Il a retrouvé la tombe d’Hérode !”

  1. Redigé par broustet:

    bravo pour cette belle initiative chère sophie,

    un lecteur de pèlerin,
    passionné d’histoire…