Les traces du Mur de Berlin sont-elles toutes à effacer?

Le Mur de Berlin n’en finit pas de tomber ! Avant même la date du 9 novembre, les téléspectateurs et les lecteurs seront saturés de programmes et d’ouvrages, d’articles de presse…

 A Pèlerin, pour « suivre » les émissions de télévision dès la semaine du 1er novembre, nous avons dû avancer la parution de nos articles : trois documentaires sont ainsi programmés sur les différentes chaînes publiques ! Et bien d’autres sont annoncés pour la semaine du 7 novembre, évidemment.

Alors, dans la page « Plaisir de comprendre » du magazine, j’ai tenté de rafraîchir nos souvenirs, de donner quelques repères pour mieux apprécier tous ces événements.

Mais je n’ai pu que signaler une intéressante petite exposition qui se tient à l’hôtel des Invalides, à Paris : « Berlin : l’effacement des traces 1989-2009

Ce sont les artistes berlinois d’aujourd’hui qui nous présentent leur vision de la ville avec ses cicatrices, ses aberrations dues au Mur puis à l’absence de Mur ! Un peu intello peut-être, cette démarche fait sentir de près toutes les interrogations de la population et ses contradictions.
Ainsi, les Berlinois ont voulu –et on les comprend !- faire table rase du passé, déboulonner les statues des idoles du communisme. Puis ils se sont appropriés ces friches de la RDA, transformant en œuvres d’art les vestiges du Mur, donnant des concerts dans l’ancien palais de la République. Désormais, ils regardent avec une nostalgie ambiguë cette période où tout peut-être, n’était pas mauvais : leur regard sur les crèches collectives peut, à ce titre, faire sourire les visiteurs français. Très répandues en RDA, elles ont été suspectées d’être des écoles de l’endoctrinement par les Allemands de l’Ouest. Eux restaient attachés à une vision traditionnelle de l’éducation des jeunes enfants par la mère au foyer. Mais comme le rappelle l’exposition, cette vision-là est également un héritage de l’idéologie bismackienne puis nazie dont il faut être conscient !

Des vitrines montrent aussi la mode fétichiste qui s’empare aujourd’hui de la jeunesse qui n’a pas connu la division : jouets, insignes communistes, disques de chanteurs est-allemands deviennent des « collectors ».

Le plus intéressant est peut-être, au final, ce débat autour de l’avenir du Palais de la République : voué à la démolition car il rappelait trop les années 1970 et le pouvoir de fer de l’époque, il va être remplacé par un curieux pastiche du château des souverains Hohenzollern détruit pendant la guerre… Cette reconstruction factice a soulevé l’indignation d’une partie de la population : pourquoi gaspiller en détruisant un édifice qui avait valeur de témoin et  pouvait être réhabilité ? Pourquoi faire resurgir, de façon « kitsch », le XVIIIe siècle en effaçant le XXe ? Pourquoi enfin, s’il fallait absolument se débarrasser de ce palais, ne pas se tourner résolument vers un monument nouveau ? L’histoire, à Berlin, continue de poser questions.

Berlin, l’effacement des traces, jusqu’au 31 décembre, Hôtel national des Invalides, 75007 Paris. Tél 01 44 42 38 39 

L’excellent catalogue est édité par Fage au prix de 24 €.

21/10/2009

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